« Notre ville n’en peut plus, Cap Haïtien étouffe ». Ces mots ne visent pas la météo et des températures qui seraient suffocantes… C’est un propos qu’aurait tenu Angie Bell, Maire de la ville, à une correspondante de l’AFP pour évoquer l’afflux massif de population fuyant la capitale, Port au Prince, aux mains des gangs depuis quelques années maintenant.
Le département du Nord et la deuxième ville du pays sont, pour l’heure, toujours officiellement épargnés par les gangs et les mafias qui règnent sur la capitale. Ce calme relatif explique sans aucun doute l’arrivée massive de familles Principortaines qui ont dû abandonner leurs maisons, leurs repères, parfois leur travail, pour échapper à la violence des gangs.
Selon une estimation de l’ONU, environ 100 000 personnes ont ainsi quitté Port au Prince ces derniers mois.
La commune du Cap Haïtien, dont la population est estimée à près de 250 000 habitants, a dû faire face à l’arrivée de 40 000 personnes déplacées de Port au Prince, toujours selon une estimation de l’ONU.
Les infrastructures de la deuxième ville du pays, déjà saturées, ne peuvent faire face à cet afflux de ce que certains qualifient de « migrants de l’insécurité ».
« Ils s’installent dans les rues, comme ça à même le sol ou construisent des abris de fortune aux abords de la ville. Ils balancent leurs déchets partout. En temps normal, le traitement des déchets pose déjà un sérieux problème, alors là, même les rues deviennent des poubelles et je ne vous parle même pas des problèmes d’hygiène…». Témoignage recueilli par un journaliste de la BBC auprès d’un commerçant.
Dans l’ensemble de la ville, circuler devient un casse-tête permanent. Embouteillages interminables, rues et routes saturées. D’ordinaire déjà très dense, la circulation est aujourd’hui complètement bloquée. L’arrivée quotidienne de familles déplacées de la capitale ne fait qu’empirer la situation. Les infrastructures en état précaire ne peuvent supporter un tel regain de véhicules.
Jean-Michel, conducteur de tap-tap, confie que la situation est devenue intenable. « On ne peut plus se déplacer. On accepte des courses mais on ne sait pas si on pourra les honorer. Cap Haïtien ne peut pas absorber un tel afflux de population nouvelle, cela va finir par poser de sérieux problèmes ».
Parmi les premiers pénalisés par cette situation, on compte les élèves des écoles, collèges et lycées. Aristide, élève du collège adventiste, précise qu’il habite à seulement deux kilomètres de son collège et qu’il lui faut parfois 2 heures pour se rendre en classe. Même à pied, dira-t-il, on n’avance pas dans les rues complétement bouchées. Et d’ajouter que quasiment chaque jour, il arrive en retard à son collège.
Et puis il y a le logement… Comment accueillir décemment tous ces nouveaux arrivants qui s’entassent dans ce qu’il faut bien appeler des bidonvilles ?
« C’est impossible de faire face… » dira Marie-Kanisse, qui, d’ordinaire, loue des studios meublés aux touristes. A cela s’ajoute une augmentation exponentielle du prix des locations. Beaucoup de loueurs profitent en effet de la pénurie pour pratiquer des tarifs prohibitifs. Lordy Fanfan, agent immobilier, indique que, parfois, certains affichent la location annuelle d’une simple chambre avec toilettes à 3 000 USD… Sachant que le salaire annuel moyen en Haïti est d’environ 1 600 USD !
Avec de tels tarifs, on comprend aisément que les nouveaux arrivants n’aient pas d’autre solution que de s’entasser dans des abris de fortune.
Que font les autorités locales ?
Pour Patrick Almonor, Maire Adjoint de Cap Haïtien, la ville vit un casse-tête qu’il faut prendre avec beaucoup de doigté. Dans une récente interview sur l’antenne d’une radio locale, il déclarait : « Il ne faut pas stigmatiser les personnes déplacées qui prennent tous les risques pour quitter Port au Prince. Il s’agit de familles traumatisées qui ont souvent tout laissé derrière elles du jour au lendemain pour fuir la violence ».
Il reconnaît que cet afflux de population pourrait cacher des personnes malveillantes, issues de gangs venus de Port au Prince. Les autorités municipales ont donc mis en place une sorte de système de filtration sécuritaire. En clair, si un arrivant désire s’établir définitivement à Cap Haïtien, il doit s’inscrire sur des listes mises à disposition par la municipalité. Il doit y mentionner son identité, son adresse de résidence et ses coordonnées téléphoniques.
Pour Edith Vertus, employée à la réception d’un hôtel : « Tout ça ce sont des paroles. Comme d’habitude, on parle, on met en place des trucs qui ne servent à rien, mais, concrètement, elles servent à quoi ces listes pour les nouveaux arrivants ? Comment sait-on si tout le monde va s’inscrire ? Quel est le moyen de contrôle mis en place ? Si des mafieux viennent ici, comment peut-on le savoir ? ».
Sur ces questions de sécurité, l’inspecteur divisionnaire Harold Jean, porte-parole de la police à Cap Haïtien, se veut rassurant. Selon lui, malgré un important afflux de population, la région et le département du Nord sont calmes. La police est bien présente et reste vigilante. Il précise que plus d’une centaine d’interventions policières ont eu lieu ces dernières semaines, suite à des dénonciations de comportements douteux, par des habitants. Il précise également que, forte de ce que vit la capitale, Port au Prince, la police de Cap Haïtien est particulièrement attentive aux actes d’incivilité ou d’agressions qui pourraient provenir d’individus étrangers à la population locale.
Harold Jean indique : « Nous ne sommes pas condamnés au chaos, nous nous battons quotidiennement. Les actions de notre police ont permis de démanteler un ensemble de petits gangs qui fonctionnaient et tentaient de prospérer ces deux dernières années, dans les banlieues de Cap Haïtien ».
A voir… Ecouter… Lire…
Franceantilles.fr :
Haïti : Un pas fragile vers des élections, malgré la terreur des gangs – www.franceantilles.fr
Outremer la 1ère :
Haïti : La nouvelle force de lutte contre les gangs armés, avec près de 5 500 hommes, désormais active. – www.la1ere.franceinfo.fr
Alterpresse :
Port au Prince : travaux d’infrastructures d’urgence pour réinvestir le centre-ville www.alterpresse.org
TF1 :
Haïti, des gangs tout puissants. – www.tf1.fr
Le Monde :
Haïti : le Tchad envoie les premiers policiers de la force anti-gangs. – www.lemonde.fr
Haïti libre :
Les forces armées d’Haïti en alerte maximum – www.haitilibre.com
Alterpresse :
Haïti : Le gouvernement condamne les violences à St Denis et promet la fermeté
Télé Pluriel :
La situation des droite humanitaires en Haïti atteint un niveau de dégradation sans précédent.
Le Monde Diplomatique : www.monde-diplomatique.fr
TF 1 :
Coupe du monde 2026 : Ces pays qui vont vivre leur premier Mondial – www.tf1.fr
Juno 7 :
Coupe du monde 2026 : Haïti classée 86ème par la FIFA – www.juno7.ht
ONU :
Haïti : Un bureau d’appui de l’ONU commence à soutenir la force de répression des gangs.


















