Mis en place au mois d’avril 2024 suite à des accords trans-partisans et sous le contrôle de l’ONU, le mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) a officiellement pris fin le samedi 7 février 2026.
Dans une allocution officielle, Alix Didier Fils Aîné, désormais seul leader du pays, déclarait : « Je connais les souffrances du peuple haïtien, je vois les blessures et l’espérance meurtrie. Haïtiens, haïtiennes, mon gouvernement ne reculera pas. Les gangs ne trouveront aucun refuge, ni repos, ni répit ».
Le ton se veut magistral, mais est-il pour autant rassurant ? Le CPT avait été créé il y a deux ans pour tenter de donner un peu de stabilité et de sécurité au pays. Mais force est de constater que le bilan se solde par un échec. Les mots d’un Président, officiellement toujours intérimaire, même entouré de sa garde rapprochée, semblent bien dérisoires face à la situation du pays.
Le CPT avait pour mission première l’organisation d’élections démocratiques, libres et régulières, afin de doter le pays d’une gouvernance stable suite à l’assassinat, en 2021, du dernier président élu : Jovenel Moïse. Pour mémoire, les dernières élections libres en Haïti remontent à 2016.
Il y a quelques jours, le Secrétariat de l’Organisation des Etats Américains soulignait, dans un communiqué, « l’importance de la tenue d’élections libres et régulières en Haïti ».
Plusieurs dates avaient été annoncées par le CPT pour l’organisation d’élections : fin 2024, puis au printemps 2025, puis au début de cette année 2026… mais in fine, rien n’a été organisé.
Aujourd’hui, faut-il le rappeler, les gangs et autres mafias contrôlent 80 % de la capitale Port au Prince avec des « bastions » dans plusieurs régions du pays. Récemment, des opérations de police appuyées par l’armée avaient été menées contre les gangs. Des infrastructures et des maisons servant de caches d’armes avaient été détruites, notamment une habitation appartenant au tristement célèbre chef de gang Jimmy Chérizier, alias « barbecue ». Pour autant, aucun chef mafieux n’a été interpellé.
Dans un récent rapport, les Nations Unies ont estimé à 6 000 le nombre de morts imputables aux gangs, pour la seule année 2025.
De son côté, Médecins Sans Frontières estime à un million et demi, soit 12 % de la population, le nombre de personnes ayant dû fuir leur maison. Des centaines de personnes vivent dans des camps de réfugiés, comme dans le lycée de Port au Prince, où les cours ne sont plus dispensés depuis longtemps.
A cela s’ajoutent près de 5 millions de personnes qui auraient besoin d’une assistance médicale d’urgence…
A l’international, on se fend de quelques réactions suite à la fin de la mission du CPT. L’Allemagne, le Canada, l’Espagne et la France ont déclaré sur le réseau social X que : « Tout changement à la tête du gouvernement haïtien, suite à la fin du mandat du CPT, mettrait en péril la dynamique des forces de sécurité contre les gangs ».
De son côté, le Secrétaire d’Etat américain a affirmé que les Etats-Unis veilleront à ce que les politiciens haïtiens corrompus qui soutiennent les gangs paient le prix fort, selon lui : « La violence causée par les gangs ne peut être stoppée qu’avec un leadership fort et cohérent, bénéficiant du soutien total du peuple haïtien ».
Des discours et des prises de paroles sans véritable engagement…
Parallèlement à cette déclaration du Secrétaire d’Etat, le Département d’Etat américain a indiqué avoir imposé une série de restrictions en matière de visa à trois responsables haïtiens : 2 membres du CPT et un ancien ministre. Le communiqué ne précise toutefois pas l’identité des personnes concernées.
Organiser des élections ?… C’est une blague !
C’est par ces mots que l’écrivain et intellectuel haïtien Lyonel Trouillot débutait un récent entretien sur France Culture. « Il est difficile de décrire la situation en Haïti. Le pays avance sur des lignes de fractures, avec une coexistence entre des parties entières de la capitale et de l’Artibonite occupées par des gangs, tandis qu’ailleurs, vous avez des supermarchés où les bourgeois vont faire leurs courses en toute tranquillité ! »
Le mois d’août 2026 avait en effet été annoncé comme pouvant éventuellement être retenu pour l’organisation d’élections. Mais selon Lyonel Trouillot : « Si vous allez en Haïti, les gens vous disent qu’organiser des élections c’est une blague, une parodie, un faux-semblant, une mascarade ».
Et d’ajouter « On parle d’élections, mais cela fait dix ans qu’on n’a pas eu de véritables élections en Haïti. D’un côté, on dit que les haïtiens doivent décider par eux-mêmes, et de l’autre, à chaque fois qu’ils essaient de le faire, cela contrarie les Etats-Unis qui imposent leur logique ».
Et comme un rappel à l’histoire, le 7 février 2026, jour de la fin officielle du mandat du CPT, marque également le jour de la fuite du dictateur Jean-Claude Duvalier. C’était le 7 février 1986, il y a quarante ans, 4 décennies que le peuple haïtien cherche sa liberté.
A Lire… Ecouter…. Voir…
France 5 : Haïti : Les populations déplacées – 04/02/2026 – www.francetv.fr
Le Monde : Haïti : Plusieurs navires de guerre américains déployés dans la baie de Port au Prince – 04/02/2026 – www.lemonde.fr
Le Monde : En Haïti, une transition politique sous l’œil de Washington – 09/02/2026 www.lemonde.fr
Alterpresse : Haïti : 40 ans déjà… – 11/02/2026 – www.alterpresse.org
Le Nouvelliste : Malgré le blackout et les contraintes, Le cap haïtien célèbre un carnaval haut en couleurs – 19/02/2026 – www.lenouvelliste.com
Outremer la 1ère : la plupart des gangs impliqués dans la traite d’enfants – 20/02/2026 www.outremerla1ere.franceinfo.fr
Haïti Libre : Opération d’envergure : Au moins 16 bandits tués. – 21/02/2026 www.haitilibre.com
Alterpresse : Haïti : L’enfance prise en otage par les gangs – 22/02/2026 – www.alterpresse.org
Rezo Nodwès : Le carnaval dignité, une saga haïtienne – www.resonodwes.com
Le Nouvelliste : Carnaval 2026 : Plaidoyer pour une diplomatie culturelle www.lenouvelliste.com
Milan-Cortina 2026 : Stevenson Savart : Le skieur haïtien devenu star des JO d’hiver 2026 www.olympics.com
UN News : L’ONU se prépare à étendre sa présence en Haïti. – www.un.org


















