« Notre objectif, actuellement, est d’attaquer et neutraliser les structures que les gangs ont implantées pour affronter les forces de l’ordre, et ainsi, isoler les chefs de gangs de leurs troupes ». Nous sommes le mercredi 7 janvier 2026, ces propos sont ceux de Mario Andrésol, le Secrétaire d’Etat haïtien à la sécurité, invité de la matinale de Radio « Magik 9 » à Port au Prince.
Il officialise ainsi les opérations de maintien de l’ordre, annoncées fin décembre 2025, par le directeur de la Police Nationale Haïtienne, Vladimir Paraison. Le 27 décembre dernier, Haïti avait reçu 25 véhicules blindés de transport de troupes qui sont venus s’ajouter aux 10 véhicules blindés reçu fin septembre 2025. Des armes lourdes et des drones ont également été acheminés vers la capitale haïtienne, sous l’égide de l’ONU.
Dès le début du mois de janvier, des opérations de police ont eu lieu dans plusieurs quartiers de Port au Prince.
À Bel Air, chez le Chef de gang Jamesley, des fusils M4, des fusils calibre 12, des munitions et de faux uniformes de la police haïtienne ont été saisis. Dans le même temps, dans le fief de « Krache Dife », l’un des gangs les plus redoutables de la coalition « Viv Ansanm », les forces de police ont découvert et saisi des fusils, des charges explosives et des drones.
Rue Saint Martin, les engins lourds de la Police Nationale ont libéré les voies d’accès et démoli les barricades et les barrages qui avaient été placés là par les gangs.
Pour les forces de police, l’opération la plus marquante s’est déroulée à Delmas. Des drones ont pilonné et détruit une maison d’habitation. Cette maison était l’une des résidences, l’une des « planques » de Jimmy Chérisier alias « barbecue », cet ancien policier devenu le chef redouté de la coalition de gangs « Viv Ansanm ». Selon Frantz Lerebours, responsable de la communication de la Police Nationale, « Barbecue » n’était pas présent et n’a donc pas été interpellé mais la destruction de cette maison devrait lui porter un coup très dur car elle abritait du matériel tactique et était un lieu de décision stratégique.
Plusieurs opérations de ce type ont ainsi été menées ces derniers jours dans la capitale. Si pour le moment, les chefs de gangs n’ont pas été appréhendés, selon la police, la destruction de certaines de leurs infrastructures et la saisie d’armes et de munitions leur appartenant, va considérablement les affaiblir. Pour le moment, on ne sait pas encore précisément si les gangs enregistrent des désertions, ni quelles sont leur capacité de riposte.
Il reste que le bilan humain de ces opérations est lourd : selon le média haïtien « Alter Presse », plus de 116 personnes ont perdu la vie et environ 65 ont été grièvement blessées. Une soixantaine de personnes touchées étaient suspectées d’appartenir à des gangs ou mafia locaux, les autres étaient des habitants n’ayant rien à voir avec les bandes armées. La majorité des victimes avaient été piégées et contraintes par les gangs, de faire obstacle à l’avancée des forces de l’ordre.
Des mercenaires américains en renfort.
Bien que les Etats-Unis expulsent massivement les ressortissants haïtiens ou ne renouvellent pas les visas des haïtiens résidant aux USA, le secrétaire d’état américain, Marco Rubio, a annoncé avoir reçu des promesses d’engagement de plus de 7000 agents de sécurité privés prêts à se rendre en Haïti pour seconder la police du pays dans ses opérations de lutte contre les gangs.
A ce jour, plusieurs centaines de « mercenaires » privés, notamment issus de la société « Black Water », sont déjà à pied d’œuvre, notamment à Port au Prince auprès de la police haïtienne.
Le Conseil Présidentiel de Transition avait indiqué, à l’automne 2025, que l’arrivée d’agents de sécurité privés viendrait en remplacement de la Force Multinationale de Sécurité, mandatée par l’ONU en 2024, dont la mission cessera à la fin du mois de février prochain.
Si le gouvernement provisoire se réjouit des opérations de police menées à Port au Prince, selon ses responsables, il reste beaucoup à faire… Les frontières terrestres avec la République Dominicaine restent poreuses. La contrebande d’armes et de munitions est quotidienne. Les contrôles au sein des ports et des aéroports sont très aléatoires.
Selon un éditorialiste du quotidien « le Nouvelliste », la présence de mercenaires américains auprès des forces de police devrait toutefois avoir une incidence positive sur la diminution du trafic d’armes et de munitions.
C’est dans ce contexte de tentative de reprise en main sécuritaire que devraient avoir lieu les prochaines élections en Haïti. Le scrutin est prévu à la fin du mois d’août 2026, la campagne électorale devrait débuter au printemps. Ces élections, si toutefois elles ont lieu, seront les premières élections démocratiques en Haïti, depuis 9 ans.
A lire, écouter, voir …
L’humanité – Janvier 2026 : Haïti fête son indépendance dans un pays coupé du monde. www.lhumanite.fr
Outremer la 1ère – Forte augmentation des expulsions d’haïtiens. www.la1ere.franceinfo.fr
Outremer la 1ère – Haïti célèbre plus de deux siècles d’indépendance. www.la1ere.franceinfo.fr
Radio France – Être écrivain à Haïti. www.radiofrance.fr
Reso Nodwès – Haïti face au 7 février 2026 : Une coalition civilo-politique. www.resonodwew.com
RFI – Le pays s’interroge sur l’après 7 février. www.rfi.fr
Alterpresse – Haïti-crise : les autorités de transition préconisent l’unité nationale et la responsabilité collective. www.alterpresse.org
Baribbean television Network – Haïti : 6000 nouveaux déplacés depuis le 6 janvier 2026. www.ctninfo.com
France 24 : Antoine Michon (Ambassadeur de France en Haïti) : « On assiste en Haïti, à un niveau de violences que le pays n’a jamais connu ». www.france24.com
Le Parisien : Haïti annonce des élections pour l’été 2026. www.leparisien.fr
Communication gouvernement Haïti : Lancement officiel de la saison carnavalesque 2026. www.communication.gouv.ht


















