Au fond d’une impasse, quelque part à Port au Prince, le père André, un missionnaire français arrivé en Haïti dans les années 90, est entouré d’une dizaine d’enfants et adolescents.
Autour d’eux, des morceaux de cartons, de tissu, de fil de fer et des bouteilles de plastique.
Lorsqu’il voit arriver 2 journalistes de l’AFP, il est pour le moins étonné : « Comment êtes-vous arrivés jusqu’à nous ? Vous savez qu’il est dangereux de s’aventurer dans ce quartier ? » Les 2 reporters indiquent au prêtre qu’ils ont eu son contact par un membre du personnel de l’ambassade de France et qu’ils souhaitent évoquer avec lui les préparatifs de Noël. Préparer Noël est en effet un moment très important dans la vie des haïtiens, malgré l’insécurité omniprésente, le dénuement des habitants et la violence quotidienne.
En guise d’accueil, le prêtre et les enfants entament un chant de Noël traditionnel en Haïti, « Papa Nwèl pote kado » (Le Père Noël apporte des cadeaux). Il explique que les enfants autour de lui proviennent tous de ce quartier du centre-ville et qu’ils sont là pour confectionner des poupées, des figurines et des petits objets pour ensuite les offrir aux enfants le jour de Noël.
« Chaque jour, nous arpentons les rues du quartier pour récupérer ce que vous voyez autour de nous. Nous lavons les morceaux de tissu et les bouteilles et nous en faisons des objets pour les enfants ».
Pour le Père André, en Haïti depuis une trentaine d’années, Noël est une fête très importante pour les haïtiens. Malgré les crises de toutes sortes que connaît le pays depuis plusieurs décennies, Noël représente la lumière. « Pour les haïtiens, la fête de la natalité symbolise une trêve, le retour de la lumière, même pour un bref instant. Cela contribue à nourrir leur résilience. Durant les préparatifs de Noël, ils tentent d’oublier un peu leur quotidien souvent sordide ».
« Dans quelques jours, nous allons installer des lampions et des guirlandes dans notre rue, nous les fabriquons durant l’année, avec tout ce que nous pouvons récupérer et trier sur les tas de déchets ». Il confie que ces moments passés à préparer Noël sont des instants de grâce.
« Durant le mois de décembre, en attendant et en préparant Noël, on oublie un peu notre quotidien difficile, avec tous ces bandits qui imposent leur diktat malfaisant sur les populations ». Le père André sait de quoi il parle… Il a lui-même été violenté et séquestré par les gangs qui sévissent à Port au Prince, parce qu’il a toujours refusé de payer leur prétendue protection. « Ce qui me sauve à chaque fois, c’est sans doute le fait que je sois prêtre. La foi et la religion sont sacrées en Haïti. Alors, parfois ils viennent m’intimider mais je suis toujours là ! » Ses propos sont ponctués d’un large sourire… Et tout en confectionnant des poupées de chiffon, il entame un chant de Noël avec les enfants.
Dans le nord d’Haïti, à Cap Haïtien, la deuxième ville du pays, on débute aussi les préparatifs de Noël. Ici, on collecte des bouteilles vides de couleur verte. Elles serviront à fabriquer un arbre de Noël, sur lequel on posera des décorations et des lampions. Quelques habitants commencent à décorer leur maison. De la maison de Joseph, on entend une chanson de Lionel Benjamin : « Abdenwèl » (Arbre de Noël). Depuis le début des années 70, ce chanteur Haïtien est un peu considéré comme un Père Noël.
« Même si nous n’avons presque pas d’argent et que nous vivons dans l’insécurité, Noël reste Noël, et ce qui annonce Noël c’est la décoration et les couleurs » confie Rusten-Henri à une journaliste du Haïtian Times, les yeux pétillants et un large sourire aux lèvres.
Plus loin, dans un quartier voisin, Guy Joseph, Directeur de la compagnie de transport « T-Cos Operation Services » est, lui aussi, ravi que le mois de décembre qui arrive annonce l’arrivée de Noël. Chaque année, il décore son entreprise pour, dit-il, « donner la joie et le bonheur, même pour quelques jours ».
A Port au Prince, à Cap Haïtien, à Jacmel ou à Inche, partout en Haïti, Noël symbolise de manière visible cette résilience que tous les haïtiens ont au fond de leur âme. On décore, on illumine, on pavoise, pour dire et montrer, peut-être, que malgré la noirceur dans laquelle Haïti est plongé depuis de nombreuses années, malgré l’insécurité et la violence des gangs mafieux qui tiennent une partie du pays, l’espoir d’un avenir meilleur est bien vivant.
Le père André, à Port au Prince, confiait d’ailleurs aux journalistes de l’AFP venus le rencontrer : « Je vis en Haïti depuis plus de trente ans et je suis toujours émerveillé par la force et la joie de vivre de ce peuple. Face à un problème, ils sont solidaires, ils conservent toujours ce regard lumineux et cette envie de vivre, même face aux pires difficultés. C’est peut-être cela la vraie résilience… ».
A lire, écouter, voir :
Football : Haïti qualifié pour la coupe du monde 2026 – TV5 monde www.information.tv5monde.com
Coupe du monde 2026 : La fierté des haïtiens de Guyane – Outremer la 1ère www.franceinfola1ere.fr
Coupe du monde 2026 : C’était la joie… ! Haïti qualifié ! – Eurosport www.eurosport.fr
Haïti : Port au Prince célèbre un rare moment d’unité après la qualification d’Haïti pour le mondial 2026 – Guadeloupe la 1ère – www.franceinfola1ere.fr
Coupe du monde 2026 : Les supporters haïtiens privés de compétition. L’administration Trump leur refuse l’accès. – le Parisien – www.leparisien.fr
Haïti : Les élections générales reportées, sur fond de crise sécuritaire. – Le Monde* www.lemonde.fr
Haïti : dans Port au Prince, la capitale haïtienne, terrorisée par les gangs, la résilience du monde de la culture. – le Monde – www.lemonde.fr
Haïti : Une part importante de la population de Port au Prince n’a plus accès aux soins vitaux. Médecins sans frontières – www.msf.fr
Haïti / République Dominicaine : Droits humains : Une pétition exige vérité, justice et protection pour les enfants haïtiens. – alterpresse – www.alterpresse.org
Haïti : la PNH (Police Nationale Haïtienne) mobilise ses troupes face aux menaces de la coalition de gangs « Viv Ansamm » – Télé Pluriel – www.teleplurielhaiïti.com