Fêtes de fin d’année en Haïti : quand la lumière s’estompe

Les couleurs vives, la fête, les guirlandes scintillantes et les victuailles ont laissé place, depuis plusieurs années, aux défis sociaux, économiques et politiques.

Dans le cœur des Haïtiens et dans leur culture, au mois de décembre, la tradition se mêle à la spiritualité pour offrir un moment de paix, de partage et de rencontres.

Les rues des villes se parent de couleurs éclatantes, de lumières. Les marchés étalent leurs décorations, leurs guirlandes et leurs objets artisanaux. Des objets souvent faits de bois ou de matériaux de récupération… Mais peu importe, aux couleurs s’ajoute la créativité de ceux qui les fabriquent.

Les crèches, souvent réalisées avec une attention toute particulière, ornent les foyers et les églises. Les familles se réunissent pour passer un peu de temps ensemble, autour d’un repas. On échange des cadeaux. Même s’ils sont souvent modestes, l’essentiel est de fêter ensemble la fin de l’année… Noël, où, dans certains foyers, les enfants attendent avec impatience l’arrivée de « Papa Nwèl » (Papa Noël).

Bref… Passer Noël et les fêtes de fin d’année en Haïti, c’est s’immerger dans une ambiance festive, spirituelle et authentique. Que vous soyez haïtien ou visiteur, l’expérience laisse des souvenirs marqués par le partage et la convivialité.

Mais ça, c’était avant….

Les couleurs vives, la fête, les guirlandes scintillantes et les victuailles ont laissé place, depuis plusieurs années, aux défis sociaux, économiques et politiques. Les Haïtiens ont moins de moyens, voire plus de moyens du tout. La volonté de faire la fête, même à Noël ou pour célébrer l’arrivée de la nouvelle année, est moins vivace.

Et que dire de cette ancienne tradition caribéenne qui veut qu’à la fin de chaque année, les familles se réunissent ou se retrouvent, simplement pour le bonheur d’être ensemble et communier à la fête ? … Là encore, le manque de moyens matériels ou financiers freine la tradition.

Pourtant, certains, notamment ceux vivant dans les villes, maintiennent malgré tout, les réunions familiales de fin d’année. Un père de famille habitant Jacmel, confiait récemment à l’ AFP : « … Pour nous, passer les fêtes de fin d’année loin de sa famille et de ses amis est assimilé à des célébrations malheureuses… ».

Pour d’autres, les fêtes de fin d’année symbolisent les retrouvailles familiales, dans les villes ou villages où ils sont nés, parfois après de longs mois de séparation. Alors, ils bravent l’insécurité ambiante et n’hésitent pas à parcourir parfois plusieurs dizaines de kilomètres pour rejoindre leurs proches.

Dans une interview à une chaîne américaine, Jonel Jean-Baptiste, Maire de la ville de Hinche, dans le centre-est du pays, déclare qu’il déconseille à la population de sa ville, tout déplacement en vue des fêtes de fin d’année, à cause du danger que représentent les gangs mafieux et la violence qu’ils font régner dans le pays depuis plusieurs années.

Insécurité liée aux gangs, crise économique générant une quasi-absence de revenus pour les habitants, étals des commerces vides, sont donc les principales causes de la mise sous le boisseau des traditions festives de fin d’année.

Mais un autre facteur peut, en parallèle, expliquer la désaffection des traditions, en particulier pour les jeunes générations. Ce facteur s’appelle : mondialisation.

Les réseaux sociaux, les médias internationaux (lorsqu’ils peuvent être reçus), influencent la population la plus jeune. Images « bling bling » promotion du consumérisme, paillettes trompeuses et festivités à la mode américaine (Haïti est dans le cercle d’influence des Etats Unis), font que la jeunesse haïtienne rêve à des fêtes de fin d’année moins contraintes par les traditions liées à la culture locale.

Cette désaffection peut également s’expliquer par le changement de mentalité véhiculé par la diaspora haïtienne. Plus de 3,5 millions d’haïtien vivent en effet à l’étranger, notamment aux Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni ou en France.

Ainsi, les fêtes de fin d’année en Haïti sont tiraillées entre la grave crise que vit le pays depuis des dizaines d’années et les pratiques venues d’ailleurs. La lumière des guirlandes traditionnelles est peu à peu remplacée par celle des néons.

Pour retrouver ses traditions festives de fin d’année, Haïti devra d’abord tenter de résoudre les crises qui plongent le pays dans un marasme devenu endémique. L’espoir réside peut-être dans la capacité de la population haïtienne à dépasser les moments sombres de son histoire actuelle, pour à nouveau faire vivre la tradition et apporter ne serait-ce que durant les derniers jours du mois de décembre, un peu de couleur et de lumière … 2 petites graines d’espoir.

A lire, écouter, voir :

ONU : Déployer une nouvelle mission pour rétablir la sécurité – 9/12/2024 www.hrw.org

FMI : Le Conseil d’administration approuve un nouveau programme en faveur d’Haïti 20/12/2024- www.imf.org

2 journalistes et un policier, tués par des gangs – RFI – 24/12/2024 www.rfi.fr

Haïti : Le gouvernement dénonce un massacre d’une cruauté insoutenable. RTL – 25/12/2024 – www.lefigaro.fr

Haïti : Une fusillade lors de la réouverture d’un hôpital – RTL – 25/12/2024 www.rtl.fr

Le zapping de l’actualité haïtienne – Haïti Libre – 27/12/2024 www.haitilibre.com

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À propos de l'auteur

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Patrick PINTO
Ancien rédacteur en chef de France 3 Alpes, où il a géré les équipes éditoriales pour les actualités régionales. Désormais à la retraite, il est secrétaire de l'association SolAyiti, où il rédige les revues de presse pour informer sur la situation en Haïti.
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Ancien rédacteur en chef de France 3 Alpes, où il a géré les équipes éditoriales pour les actualités régionales. Désormais à la retraite, il est secrétaire de l'association SolAyiti, où il rédige les revues de presse pour informer sur la situation en Haïti.

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